Condamnation à 43 millions d'euros pour publicités trompeuses
La Cour d’appel de Paris sanctionne lourdement Lidl pour avoir diffusé pendant 7 ans des spots télévisés ne respectant pas les règles de disponibilité des produits promus.
Une condamnation d’ampleur d’une pratique répétée
Par un arrêt du 4 juillet 2025, la Cour d’appel de Paris a infirmé le jugement de première instance et condamné la SNC Lidl à verser à ITM Alimentaire International (groupe Intermarché-Netto) la somme de 43.364.409 euros de dommages-intérêts.
Elle sanctionne la diffusion de 374 spots publicitaires télévisés entre janvier 2017 et novembre 2023, violant les règles encadrant la publicité promotionnelle.
Au-delà du volet financier, la Cour a ordonné des mesures d’interdiction strictes :
- Interdiction de diffuser des spots TV pour des produits sans assurer leur disponibilité pendant 15 semaines dans l’ensemble des magasins Lidl
- Astreinte de 10.000 euros par infraction constatée (par jour de diffusion sur une chaîne)
- Publication obligatoire du dispositif de l’arrêt sur le site www.lidl.fr et les réseaux sociaux pendant 2 mois
Les pratiques illicites de Lidl décryptées
Violation du décret de 1992 sur les promotions télévisées
L’article 8 du décret n°92-280 du 27 mars 1992 interdit la publicité télévisée pour les opérations commerciales de promotion dans le secteur de la distribution.
La Cour a rappelé qu’une opération n’est pas promotionnelle si le prix et la disponibilité du produit s’inscrivent dans une durée suffisante d’au moins 15 semaines, conformément aux recommandations de l’ARPP (Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité).
La pratique illicite telle que relevée par la Cour : Lidl garantissait la disponibilité des produits pendant 15 semaines uniquement dans 198 à 500 magasins sur un total de 1.500 points de vente.
Dans les autres magasins, aucune garantie n’était donnée.
Des pratiques commerciales trompeuses caractérisées
La Cour a également retenu la qualification de pratiques commerciales trompeuses au sens des articles L.121-1 à L.121-4 du Code de la consommation.
Trois éléments problématiques :
- Information insuffisante : la mention « Supermarchés concernés sur LIDL.FR » apparaissait seulement quelques secondes, en petits caractères, en bas à droite de l’écran
- Compréhension défaillante : selon les enquêtes Opinionway et CSA de novembre 2023, 50% seulement des consommateurs remarquaient la mention, et 45% pensaient que le produit serait disponible dans tous les magasins
- Altération du comportement : 71% des consommateurs déclaraient avoir été incités à se rendre en magasin Lidl pour acheter le produit, et 75% à faire davantage de courses alimentaires
Les enseignements sur l’évaluation du préjudice
Rejet de la méthode contrefactuelle
La Cour a écarté la méthode contrefactuelle (comparaison entre résultats réels et résultats hypothétiques sans concurrence déloyale), jugée inadaptée car ne permettant pas d’isoler l’impact des publicités illicites des autres facteurs (plan stratégique de Lidl, rénovations immobilières, etc.).
Application de la méthode de la « campagne miroir »
La Cour a privilégié la méthode de la « campagne miroir », consistant à calculer le coût que devrait engager ITM pour contrebalancer l’effet des campagnes illicites de Lidl.
Calcul détaillé :
- Investissements publicitaires de Lidl sur 7 ans : 426.000 €
- Part de marché d’ITM : 15,9% → coût proportionnel : 923.734 €
- Majoration de 33% pour effet fidélisant et reconquête : +30.974.578 €
- Total brut : 123.898.312 €
- Application du taux de remise de 65% : 364.409 € (montant net)
Cette méthode, déjà utilisée dans deux arrêts de la Cour d’appel de Paris en 2019, est considérée comme plus adaptée aux faits de l’espèce.
Un contexte de récidive aggravant
Des condamnations antérieures ignorées
Lidl avait déjà été condamnée en 2019 par la Cour d’appel de Paris pour des pratiques similaires concernant des publicités diffusées entre novembre 2015 et juin 2016. Ces décisions avaient été confirmées par la Cour de cassation le 16 décembre 2020.
Malgré ces condamnations, Lidl a continué à diffuser des spots télévisés selon un schéma légèrement modifié mais tout aussi illicite selon la Cour.
L’inefficacité de l’avis de l’ARPP
Lidl se prévalait d’un avis favorable de l’ARPP pour la diffusion de ses spots. La Cour a balayé cet argument en rappelant que cet avis, dépourvu de force contraignante, ne peut exonérer l’annonceur de sa responsabilité.
Les enseignements juridiques de l’arrêt
Disponibilité géographique : un critère déterminant
Principe clé : Pour qu’une offre échappe à la qualification d’opération promotionnelle, tous les magasins qui vendent les produits aux conditions de l’offre doivent garantir leur disponibilité pendant une durée suffisante, qu’ils figurent ou non sur la liste référencée dans les publicités.
Cette interprétation, confirmée par la Cour de cassation le 4 juin 2025(pourvoi n°23-23.419), redéfinit les obligations des distributeurs en matière de publicité télévisée.
Présomption de préjudice en cas de concurrence déloyale
La Cour rappelle qu’il s’infère nécessairement un préjudice d’un acte de concurrence déloyale, fût-il seulement moral.
Toutefois, cette présomption ne dispense pas la victime de démontrer l’étendue du préjudice et son lien de causalité avec les pratiques illicites.
Rejet des arguments sur la différenciation de l’offre
Lidl soutenait que son offre était différenciée de celle d’Intermarché (surfaces inférieures, absence de Drive, modèle « hard discount »). La Cour a écarté cet argument en relevant que Lidl avait précisément engagé un plan stratégique visant à faire évoluer son modèle vers un « soft discount », se rapprochant ainsi des opérateurs traditionnels.
Conclusion : vers une régulation renforcée ?
Cet arrêt du4 juillet 2025 illustre la vigilance accrue des juridictions sur les pratiques publicitaires dans la grande distribution. En combinant une condamnation financière massive, des interdictions strictes et une obligation de publication, la Cour d’appel de Paris impose un nouveau standard de transparence.
Pour les distributeurs, le message est sans équivoque : la publicité télévisée reste permise, mais uniquement si elle s’accompagne d’un engagement ferme sur la disponibilité des produits dans l’ensemble du réseau pendant une durée minimale de 15 semaines.
L’enjeu dépasse le simple respect formel des règles : il s’agit de préserver la confiance des consommateurs et de garantir une concurrence loyale dans un secteur hautement compétitif.
Découvrez nos services et outils associés
Produits, Consommation, Publicité
Eviter la qualification de publicité trompeuse
Votre publicité est-elle trompeuse ?
• Sécurisez les publicités proposées par vos équipes marketing
• Evitez toute sanction civile ou pénale en cas de contrôle
Votre publicité est-elle trompeuse ?
• Sécurisez les publicités proposées par vos équipes marketing
• Evitez toute sanction civile ou pénale en cas de contrôle
Produits, Consommation, Publicité
Mettre en place une publicité comparative
Le recours à la publicité comparative est fréquent, mais les frontières avec le dénigrement ou les pratiques commerciales déloyales, rendant la publicité comparative illicite, sont parfois ténues.
Gouache Avocats vous accompagne pour sécuriser vos campagnes ou vous défendre contre les pratiques de vos concurrents.
Le recours à la publicité comparative est fréquent, mais les frontières avec le dénigrement ou les pratiques commerciales déloyales, rendant la publicité comparative illicite, sont parfois ténues.
Gouache Avocats vous accompagne pour sécuriser vos campagnes ou vous défendre contre les pratiques de vos concurrents.
Produits, Consommation, Publicité
Action en concurrence déloyale par violation de la loi
Vous constatez qu’un de vos concurrents ne respecte pas une disposition légale ou règlementaire. Vous avez même pu constater que ce même concurrent a fait l’objet de condamnations à ce titre. Cette violation lui assure un avantage concurrentiel, et le place dans une position plus favorable par rapport à vous qui respectez la réglementation.
Vous constatez qu’un de vos concurrents ne respecte pas une disposition légale ou règlementaire. Vous avez même pu constater que ce même concurrent a fait l’objet de condamnations à ce titre. Cette violation lui assure un avantage concurrentiel, et le place dans une position plus favorable par rapport à vous qui respectez la réglementation.
Produits, Consommation, Publicité
Concurrence déloyale et parasitaire
Si tout professionnel peut porter préjudice à son concurrent, c’est à condition de ne pas utiliser de procédés déloyaux, c’est-à-dire, contraires aux usages professionnels, afin de détourner la clientèle de son concurrent. La faute dans l’exercice de la concurrence oblige son auteur à verser des dommages et intérêts si un préjudice a été subi.
Si tout professionnel peut porter préjudice à son concurrent, c’est à condition de ne pas utiliser de procédés déloyaux, c’est-à-dire, contraires aux usages professionnels, afin de détourner la clientèle de son concurrent. La faute dans l’exercice de la concurrence oblige son auteur à verser des dommages et intérêts si un préjudice a été subi.
Et les ressources sur le même thème : "Action en concurrence déloyale"
Produits, Consommation, Publicité
La règlementation des loteries publicitaires et jeux concours
Les loteries publicitaires et jeux-concours à destination des consommateurs permettent aux entreprises de promouvoir leurs produits et/ou services et de rendre plus attractive leur activité commerciale. Toutefois, ces démarches commerciales doivent respecter certaines obligations légales, ta…
Produits, Consommation, Publicité
Les nouvelles pratiques commerciales trompeuses entrées en vigueur en 2022
L’ordonnance n°2021-1734 en date du 22 décembre 2021 est venue ajouter de nouvelles pratiques commerciales trompeuses, qui sont entrées en vigueur depuis le 28 mai 2022. L’article L. 121-1 du Code de la Consommation prohibe les pratiques déloyales qui se définissent comme des pratiques com…
Produits, Consommation, Publicité
La concurrence déloyale par un ancien salarié
Les anciens salariés d’une entreprise peuvent être l’auteur d’actes de concurrence déloyale commis au préjudice de leurs anciens employeurs. Il convient d’appréhender les contours de la mise en jeu de leur responsabilité tant contractuelle que délictuelle, pour anticiper la stratégie à mettr…
Produits, Consommation, Publicité
Distinction entre l’action en contrefaçon et l’action en concurrence déloyale
Les actes de contrefaçon ou l’exercice de procédés déloyaux par un concurrent présentent toutes deux un risque important pour l’activité d’une entreprise. Mais ces deux actions présentent des différences, tandis que leur articulation reste toujours un sujet source de débats. I. L’ACTION EN …